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Médias locaux : comme dans Astérix, les Belges se défendent bien

MAGnify 2020 étant presque terminé, il convient de finir par un bouquet final tonitruant. Celui-ci nous est fourni par un débat autour du rôle des médias locaux. Le modérateur de service est Danny Devriendt (IPG Dynamic). Nous l’avons sondé sur ce que lui pense de la question.

Découvrez le débat (part 1) maintenant ici

Les médias locaux semblent connaître un nouvel élan. Parmi les éléments qui y contribuent, citons la sécurité de marque, la viewability, mais aussi les fake news et Donald Trump. Danny Devriendt abonde dans ce sens, tout en apportant une nuance indispensable : « Les médias locaux se voient toujours placés face à des acteurs internationaux de la trempe de Google ou Facebook. Le mot d’ordre est invariablement ‘versus’. Pourquoi ne pourraient-ils pas exister côté à côte ? Tantôt se renforçant, tantôt se confrontant ?  Les médias sociaux diffusent l’information d’une façon spécifique. Exploitez cela en tant que média local et vous vous retrouverez illico dans leurs ‘chambres d’écho’, où vous pourrez aussi construire de l’audience. »

Les Belges peuvent s’estimer heureux

En Belgique, la situation apparaît encore relativement bonne pour les médias locaux, estime Devriendt. « J’appelle ça le glorieux sentiment ‘Astérix’, dit-il. « Nous avons la chance de vivre dans un pays où les médias locaux résistent bien, tant au Nord qu’au Sud. Au niveau TV, par exemple, on retrouve – avec RTBF-RTL et VRT-DPG Media – deux solides blocs qui se tiennent en équilibre et qui en matière d’information aussi sont concurrents. »

Dans d’autres médias aussi, Danny Devriendt distingue cette composante locale importante. Même si tout n’est pas synonyme de qualité, précise-t-il : « Quand je lis certains articles dans Het Laatste Nieuws, je vois peu de différences avec les médias de type Breitbart qui portent aux nues Donald Trump. Il est tout de même impératif qu’une attitude critique caractérise les médias locaux. À l’époque où je travaillais moi-même comme journaliste, on avait parfois plusieurs jours pour creuser un sujet. Ça n’est plus envisageable aujourd’hui. »

Symbiose ?

Dans le débat, Danny Devriendt cherche dès lors surtout à examiner comment encore mieux exploiter ses propres forces en tant que média local et à déterminer s’il doit vraiment s’agir d’un combat de David contre Goliath. « Je me demande si une symbiose n’est pas envisageable, qui exploite les forces des deux parties », laisse-t-il entendre. « Ainsi, l’information sur Facebook n’est pas toujours correcte. Les médias locaux pourraient faire appel à des vérificateurs de faits, par exemple pour débusquer l’information alimentant les théories de complot. Cela renforcerait leur rôle et leur permettrait de sortir de leur bulle de lecteurs dédiée. Facebook aussi en profiterait. À mes yeux, une symbiose permettrait de créer le système idéal entre petit et grand, laissant tout le loisir aux médias locaux de pleinement jouer leur rôle de quatrième pouvoir. »

Le rôle de l’annonceur

Le plaidoyer de Danny Devriendt ne peut évidemment devenir réalité que si le modèle d’affaires prend lui aussi un autre aspect. « Je réalise que tant les éditeurs que les médias sociaux doivent réussir à trouver un moyen de générer des revenus de lecteurs sur Internet pour ces médias locaux », explique-t-il.

Par ailleurs, il entrevoit un rôle important pour les annonceurs, certains desquels (dont D’Ieteren) ont décidé, il y a quelques mois déjà, de prévoir une partie spécifique de leurs investissements média pour les médias locaux.

« Je trouve que les annonceurs doivent s’attarder davantage sur ce point et se servir de leur pouvoir », dit Devriendt. « Si vous n’êtes pas d’accord avec la qualité d’un média, n’investissez pas dedans ou posez des conditions. Les médias qui bâclent leur travail, peuvent voir l’annonceur retirer ses revenus. La seule chose qu’apprécient ces acteurs est l’impact financier. »

Devriendt plaide donc pour un standard de qualité. Qui ne se conforme pas à la norme, ne recevra plus de fonds de l’annonceur. « Bien sûr, il faut s’y prendre intelligemment », ajoute-t-il. « En tant qu’annonceur, il n’est pas question d’intervenir dans le contenu, mais on est bel et bien en droit d’exiger qu’un certain pourcentage de ses dépenses revienne au journalisme. »

« On sent que c’est le moment propice pour le faire », conclut Devriendt. « Des annonceurs qui, plusieurs mois durant, ne font pas de publicité sur Facebook ; il y a quelques années, c’aurait été impensable. »

Danny Devriendt, IPG Dynamic

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Découvrez les autres interviews MAGnify 2020 :

 

MAGnify 2019 sofa session participants

MAGnify 2019: is the earth flat? (video)

Danny Devriendt invited media experts to discuss the media and advertising world of today at MAGnify 2019.

Some people keep believing that planet earth is flat. Even in the face of overwhelming scientific and experiential evidence, while having access to every source imaginable. Or is it because of this overload of information that the truth seems to have lost value? The revival of quality journalism after the Trump election and the Brexit give us hope: many people are searching for truth and qualitative information from trustworthy sources.

For our MAGnify 2019 sofa session we did not find anyone to defend the title statement. We found five Belgian media experts to discuss the consequences of today’s brave new world of post truth and misinformation. Specifically the consequences of these trends and developments for media, advertising and journalism.

Video guide:

  • 01,26 – Danny Devriendt explains the discussion theme: the earth is flat
  • 03,30 – Danny Devriendt: Politicians, marketeers and journalists don’t stand a chance
  • 04,15 – Eva Van Driessche: is fake news the fault of journalists?
  • 05,40 – Ruben Ceuppens: on the changes going on in digital advertising
  • 07,45 – Harry Demey: on self regulation by the creative agencies and the responsibility of the media for quality
  • 11,10 – Zoe van Gastel: on what can go wrong in cooperation with influencers and how to do it the right way
  • 14,08 – Eva Van Driessche: about the borders between editorial and commercial, native advertising, transparency and the changing cooperation with advertisers
  • 18,15 – Zoe van Gastel: the new influencers know how to work with advertisers
  • 20,08 – Ruben Ceuppens: on reach, retargeting and the importance of the quality of advertising environment
  • 22,05 – Harry Demey: on his problem with programmatic and his hopes for the future: “put the human in programmatic”
  • 24,20 – Harry Demey: if we don’t do this, (define what good advertising is) our industry will not survive
  • 25,00 – Harry Demey advises media to start without advertising money
  • 26,00 – Eva Van Driessche: influencers are in the drivers seat and in control. Trust them.
  • 27,09 – Eva Van Driessche: everyone went for reach. We now made a drastic change and we see the positive effects very quickly
  • 27,58 – Zoe van Gastel: on the responsibility of social media and possible solutions
  • 29,28 – Ruben Ceuppens: on the problems and possibilities of self regulation by (American) social media companies
  • 31,55 – Danny Devriendt: on local news and magazine brands as our best weapon in the struggle against fake news
  • 33,02 – Zoe van Gastel: on control of data and social media
  • 34,05 – Ruben Ceuppens: we need to keep talking with each other as agencies, publishers and advertisers
  • 35,05 – Harry Demey: on the role of Facebook and Google
  • 35,40 – Eva Van Driessche: about competing with the social media giants by sticking to your values and quality
  • 37,02 – Danny Devriendt concludes

Watch the video and the photos of MAGnify 2019 here

Read our interviews with the MAGnify speakers:

Post-truth : « Tout le monde sent bien qu’on dépasse les bornes, mais comment rectifier le tir ? »

Pour la deuxième année consécutive, MAGnify sera clôturé par un débat autour d’un thème actuel. Cette année, les projecteurs seront braqués sur les fake news et apparentés. Le modérateur de service est Danny Devriendt (IPG/Dynamic). Il nous livre, en primeur, son regard en la matière.

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En savoir plus sur ‘Post-truth’ ? Venez à MAGnify 2019, le 3 octobre. Inscrivez-vous via MAGnify.be

« La Terre est plate », tel est cette année le thème de la Sofa Session qui clôturera MAGnify. C’est un sujet brûlant qui engendre un tas de phénomènes marginaux et sur lequel se penchera un panel soigneusement sélectionné de spécialistes média.

Le modérateur de service est Danny Devriendt, Managing Director d’IPG/Dynamic, un homme présentant une vision large sur les évolutions qui marquent notre métier. Il situe pour nous l’approche qu’adoptera la table-ronde. « On voit apparaître une série de tendances qui soulèvent des questions. Comment faire face à la manipulation de l’opinion publique et aux fake news ? En soi, il y a le droit à la liberté d’expression, mais parfois on voit vraiment des cas de manipulation et de mystification. Quelle est la part de responsabilité des médias traditionnels en la matière ? Et celle des médias sociaux ? En outre, l’information ‘authentique’ a toujours plus tendance à disparaître derrière un paywall. Ne risque-t-on pas alors de voir l’information se muer en kaviar pour les ‘happy few’ ? »

Flat Earth Society

Voilà donc bon nombre de questions auxquelles la Sofa Session tentera de répondre. Il est en effet exact qu’en quelques années à peine, nous nous sommes mis à vivre des temps turbulents, marqués par un énorme impact des médias et de la communication. Pourtant, selon Devriendt ce type de situation est de tous les âges. « Je me souviens toujours que, pendant que je rédigeais un rapport sur une session du conseil communal d’Ostende en tant que jeune journaliste, je ne cessais de me mettre la pression en pensant au motard qui attendait impatiemment, dit-il. « Celui-ci devait pouvoir rallier la Forelstraat à Gand, à 19h45, pour y remettre la disquette contenant mon article à la rédaction du journal Het Volk. J’ai dû me battre pour convaincre la rédaction en chef de la plus-value de la numérisation et d’Internet. L’essor des médias sociaux a également provoqué une révolution : soudain, les consommateurs ont pu ventiler leur opinion devant un large public et les bonnes causes ont eu voix au chapitre. »

Pourtant, Devriendt se fait du souci : « La force et la puissance de la manipulation sont énormes. Dans certains cas, ce n’est ni plus ni moins que de la démagogie. Justement parce que la manipulation s’opère à une si grande échelle. Moi-même, je suis par exemple la page Facebook de la ‘Flat Earth Society’. Ça me fait rire, mais les gens qui s’en occupent y croient vraiment. Ils sont très sérieux. C’est effrayant. » Du coup, plus besoin d’expliquer le titre de la Sofa Session…

Post-truth

Le Managing Director d’IPG/Dynamic se rend compte que pour les médias, cette époque ‘post-truth’ représente un fameux défi. « Tout le monde ressent qu’on dépasse désormais les bornes », dit-il. « Cependant, comment rectifier le tir ? En tant que média, vous pouvez démontrer qu’un politicien ment 400 fois par jour, mais c’est bien sûr son bon droit. On sent pourtant bien que nous sommes aux prises avec nos valeurs essentielles. Mais en fait, tout le monde est un peu responsable. Un des instigateurs de cette situation est la majorité silencieuse. Si celle-ci se rebellait, le problème serait bien moins important. Je ne parle alors pas seulement du lecteur silencieux, mais aussi du journaliste silencieux, et de l’annonceur silencieux. »

N’hésitez pas, inscrivez-vous sans plus attendre ici (www.magnify.be) et rejoignez-nous le 3 Octobre à CC De Factorij à Zaventem.

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